Des amateurs, peut-être, les joueurs de pétanque, mais certainement pas des touristes. La plage, pourtant à portée de boule des 24 terrains sur lesquels ont lieu les parties de ces 44es championnats du monde de la spécialité, reste à peu près déserte. Seuls s'y aventurent deux ou trois joueurs un peu stressés ou un petit groupe attiré par les pêcheurs du village et l'énorme marlin qu'ils viennent de ramener. Pour la première fois, cette compétition, qui se terminera le 16 novembre, est disputée en Afrique, à Ngor, à 15 kilomètres de Dakar. Selon les participants, elle n'a jamais été aussi bien organisée.
Contrairement aux idées reçues, la pétanque n'est pas pour tous un simple loisir. Certains la pratiquent à très haut niveau. "On a du mal à se débarrasser de cette image pagnolesque, déplore Philippe Quintais. Mais c'est comme on veut : si on dit que ce n'est pas un sport, dans ce cas le tir à l'arc, le golf ou le curling ne le sont pas non plus." Philippe Quintais n'est pas seulement un colosse, c'est un monument, couronné de douze titres de champion du monde, huit en triplette et quatre en tir.
"Il faut beaucoup d'instinct pour ce sport, poursuit Philippe Quintais, mais c'est une discipline très tactique où on passe beaucoup de temps à guetter les erreurs et les baisses de forme physique ou mentale des adversaires." Une partie serrée peut en effet durer près de deux heures avant que l'une des équipes ne parvienne au score fatidique de 13 points. Les journées de championnat commencent à 9 heures et se terminent vers 23 heures, avec de courtes pauses pour les repas.
EN THAÏLANDE, LA REINE MÈRE
Les pays d'Afrique francophone, au nombre de onze dans ces championnats, qui accueille 216 joueurs portant les couleurs de 54 nations, comptent parmi les meilleurs du monde. La pétanque, dérivée du jeu provençal et créée en 1907, y a été introduite à l'époque coloniale. Depuis, "elle ne cesse de gagner le coeur de tous ceux qui la pratiquent", selon les mots de Bacar Dia, ministre sénégalais des sports et des loisirs. Mais les grands favoris restent les Français, qui ont gagné les sept dernières éditions.
La pétanque est l'un des sports les plus répandus sur la planète. S'il est impossible de recenser le nombre de pratiquants, celui des licenciés s'élève à 2,5 millions, répartis dans l'ensemble des 80 pays affiliés à la Fédération internationale. Ils sont un peu plus de 360 000 en France mais c'est certainement la Chine, où 600 formateurs sortent des universités du sport chaque année, qui détient le record.
La propagation de la pétanque est parfois surprenante. Elle a été introduite en Thaïlande dans les années 1970 par la reine mère. Réfugiée en Suisse, cette dernière a découvert ce sport par hasard, s'en est entichée et a initié ses proches une fois revenue au pays. "Aujourd'hui, raconte Suphonnarth Lamlert, la chef de la délégation thaï, la pétanque est le deuxième sport dans notre pays, soutenu par le gouvernement qui équipe toutes les écoles."
En Ecosse, l'arrivée des boules striées date seulement d'une vingtaine d'années. "Nous ne sommes que 300, mais nous sommes tous des acharnés", explique dans un français parfait Brian Ward, chef de cette délégation. Ses membres, malgré le nom de leurs clubs phares, les "Sex Pisteols" et les "Cerfs effarés", en français dans les statuts, ne manquent pas de sérieux dans leur pratique.
On l'aura compris, la pétanque de haut niveau n'a pas grand-chose à voir avec la réputation de loisir abondamment arrosé aux boissons anisées qui lui colle au bouchon, ou au cochonnet, terme communément utilisé par les amateurs du dimanche. Malgré la présence sur le site d'un stand à l'enseigne d'une marque d'apéritif, des contrôles anti-alcoolémie ont lieu pendant ces championnats, effectués par Jean-Pierre Cervetti, médecin de l'équipe de France. Comme dans d'autres sports, l'alcool est en effet considéré comme un produit dopant.
Bruno Leboursicant et ses co-équipiers Thierry Grandet, Henri Lacroix et Philippe Suchaud n'ont pas fait de détails contre la Thaïlande en finale (13-0)
Source Le monde.fr